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J’ai peur pour la vie de mes enfants

Samedi, pour la 2ème fois de leur vie, j’ai emmené mes 3 crapouillots à une manif.
La 1ère fois, c’était il y a 5 ans.
Le 11 janvier 2015.
Ce jour là, nous étions dans la foule à Rennes, pour « montrer aux terroristes qu’on n’a pas peur » comme ils le disaient alors avec leurs mots. A l’époque, ils avaient 4 ans 1/2 et 2*7 ans 1/2. C’était important pour moi qu’ils gardent un souvenir « émotionnel » de tout ça, que quelque chose de beau ressorte de toutes ces horreurs. Aujourd’hui, ils se souviennent de la foule, de cette ferveur, de ce sentiment qu’ensemble, on est plus fort.

La foule à Rennes le 11 janvier 2015. Et nous, là, juste au milieu…

Bien sûr, il y avait eu beaucoup de questionnement avant d’y aller. Ce week-end là, j’étais seule avec les enfants. Les médias annonçaient énormément de monde à ces rassemblements, un peu partout en France, et surtout, on s’inquiétait du risque de nouveaux attentats. Mais ne pas y aller parce qu’on avait peur, c’était justement faire le jeu des terroristes, non ? Et puis, ne dit-on pas que la peur est souvent mauvaise conseillère ? Alors j’ai examiné la situation aussi objectivement que possible, et je me suis dit qu’on avait statistiquement plus de risques de mourir dans un accident de voiture en y allant, que d’une nouvelle attaque terroriste pendant le rassemblement (oui, je suis extrêmement pragmatique, parfois ^_^). Alors on y est allé, avec un peu de peur au fond du ventre, mais avec la conviction de suivre nos valeurs et de ne renoncer à rien.

On y est allé avec le sentiment de ne pas se laisser dominer par nos peurs et de rester libre.

Et puis samedi dans la voiture, en chemin pour la 2ème manifestation de leur petite vie, la vérité est venue me frapper en pleine figure.
Ils ont gagné.
Les terroristes ont gagné.
Ceux à qui nous disions il y a 5 ans « nous n’avons pas peur ! », « nous ne sacrifierons pas notre liberté face à la peur que vous voulez nous imposer ! ».
Ils ont gagné.
Mon cœur se sert de l’écrire, et je crois qu’il a raté un battement lorsque j’ai réalisé que c’était ÇA qui était en train de se passer. Aujourd’hui, par peur du terrorisme (du « séparatisme » comme on dit maintenant), le gouvernement piétine nos libertés. Ce ne sont pas « juste » des grands mots : c’est notre vie de famille qui est en train d’être piétinée, parce que la peur a gagné. Et c’est notre vie, celle qu’on a choisie, qu’on allait défendre samedi dernier.

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LIBERTÉ / de CHOISIR nos vies / d’APPRENDRE comme on veut / de faire l’Instruction En Famille

J’en ai parlé un peu ici, notamment dans cet article : Adieu l’école, on part découvrir le monde !
Il y 18 mois, après des mois de transition pro et perso, nous faisions le grand saut vers une nouvelle vie. Nous, parents, avions organisé nos jobs respectifs pour travailler à distance. Les enfants, eux, feraient l’école à la maison. La seule différence ? Notre maison, justement, changerait au gré de nos envies et des opportunités. Nous sommes donc partis à l’aventure tous les 5, avec notre soif de découverte et nos rêves plein la tête. Et on n’a pas été déçu 😉
On a gravi un volcan en éruption, on a vu le soleil se coucher au cap du bout-du-monde, on a fait des bonhommes de neige, on a visité des musées, on a appris à se débrouiller dans plusieurs langues, on a installé nos bureaux sur des terrasses au soleil, à la campagne ou face à une cité antique, on a fait du vélo, de la rando, on a découvert Malte, la Sicile, le Portugal, mais aussi la France, et même notre région, tout simplement.

Ça n’a pas été simple tous les jours, mais on s’est découvert tous ensemble, dans des moments inoubliables. On a aussi rencontré des dizaines de famille « comme nous », qui avaient fait des choix de vie différents. Bien sûr, le Covid a mis un coup d’arrêt à notre périple : retour en Bretagne pour une durée indéterminée. Mais nous préparons nos prochaines destinations… si on a encore la liberté de le faire.

Car notre vie s’est suspendue le 2 octobre 2020, vers 11h. Quelques mots du président Macron qui ont suffit à remettre en question toute notre vie future : « Dès la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous dès 3 ans. L’instruction à domicile sera strictement limitée, notamment aux impératifs de santé. ».
A partir de ce moment, j’ai été embarquée dans des montagnes russes émotionnelles…
L’incrédulité, d’abord : « ce n’est pas possible ! »
Puis l’incompréhension : « pourquoi ?!  »
L’incompréhension grandissante, ensuite, face aux raisons annoncées : le séparatisme, le renforcement des valeurs républicaines, et derrière ces mots, la menace terroriste.
Et la colère, finalement, face aux amalgames, aux mensonges proférés et répétés par nos plus hauts dirigeants sur la réalité des enfants instruits en famille.

Depuis, je poursuis un objectif : faire connaître la réalité de la situation, ce qui se passe vraiment en France et dans nos familles. Et j’essaie aussi de faire comprendre à chacun qu’un jour, il pourrait être concerné par l’IEF, pour 1 mois, pour 1 an, pour 1 enfant ou pour toute la famille. Si tu as envie d’en savoir plus, voici un résumé très rapide (enfin aussi rapide que possible 😅).

Les arguments avancés par le gouvernement pour ce projet de loi

On entend encore et toujours le même discours, que ce soit le président, Mr Blanquer, Mr Darmanin ou Mme Schiappa. Les enfants déclarés en IEF seraient enrôlés dans des écoles clandestines, viviers du terrorisme. On parle d’enfants-fantômes, d’enfants hors-radars, de petites filles forcées à porter le voile…
On nous dit que l’IEF augmente « de façon inquiétante », qu’il faut enrayer cette augmentation avant de se retrouver dans quelques années avec une armée d’extrémistes.

La réalité de l’Instruction en Famille en France aujourd’hui

Forcément, se faire traiter d’extrémistes, de séparatistes, de dangereux sectaires, tout ça par des responsables politiques au pouvoir, ça fait mal. Je me suis plusieurs fois sentie personnellement insultée par les déclarations de nos gouvernants ces dernières semaines, moi qui croyait encore dans les belles valeurs de mon pays…
Surtout que pendant le premier confinement, « on » a été bien content de trouver les parents en IEF pour partager leur expérience de « l’école à la maison ». J’avais d’ailleurs écrit avec plaisir 2 articles pour aider autant que possible les parents subitement confrontés à « notre » quotidien : Être en télétravail et faire l’école à la maison à ses enfants : notre expérience depuis 6 mois, et Ecole à la maison : nos ressources pédagogiques.

Il faut savoir qu’en France, depuis les lois de Jules Ferry créant l’école publique, gratuite et laïque, c’est l’instruction qui est obligatoire, mais pas l’école. Les parents peuvent faire le choix d’assurer eux-mêmes l’instruction de leurs enfants, ou confier cette mission à une personne de leur choix.

Attention, on ne fait pas n’importe quoi ! Les parents ont le devoir de fournir une instruction à leurs enfants, qui eux ont le droit de recevoir cette instruction. Concrètement, il faut déclarer à l’inspection académique et à la mairie de son lieu de résidence qu’on instruit ses enfants en famille. Cette déclaration doit se faire au plus tard le jour de la rentrée, ou si on passe en IEF en cours d’année, sous 8 jours. Suite à cette déclaration, les familles pratiquant l’IEF sont strictement contrôlées.
Contrôlées par le maire de leur ville/commune, d’abord, qui vient s’assurer que l’état de santé et les conditions de vie sont compatibles avec l’instruction en famille, et se renseigne sur les raisons motivant le choix de l’IEF. Dans notre cas, après qu’un adjoint nous ait gentiment posé un lapin (alors que nous avions fait 3 000 km pour rentrer et être présents à ce rendez-vous…), nous avons reçu le maire et un autre adjoint pour leur expliquer notre projet de vie.
Ensuite, les familles sont contrôlées chaque année par l’éducation nationale, pour vérifier l’instruction de l’enfant. S’il n’y a pas d’obligation de suivre à la lettre les programmes scolaires, il faut démontrer qu’on fournit à l’enfant une instruction, comme il y a droit, et chaque enfant doit avoir atteint le « socle commun de connaissances » à 16 ans, âge de la fin d’obligation légale de l’instruction. En pratique, il y a une partie entretien avec les parents qui expliquent comment ils procèdent, peuvent montrer des réalisations de l’enfant, puis celui-ci fait quelques « exercices » adaptés à son âge et à la pédagogie des parents.

Conclusion : nos enfants instruits en famille sont les mieux connus et les plus surveillés de la République

Dans ce cadre strictement contrôlé, des familles peuvent-elles profiter de l’IEF pour « endoctriner » leurs enfants ? Je ne vis pas au pays des Bisounours, donc oui, ça arrive. Sauf que… Ce sont des cas plus qu’exceptionnels. Quelques dizaines de famille (le gouvernement refuse de donner les chiffres mais on peut en trouver dans des études scientifiques dédiées à l’IEF). Et surtout, ces familles sont repérées et reçoivent une injonction de re-scolarisation : les enfants doivent alors retourner à l’école. Ces enfants enfermés dans les caves dont nos politiciens aiment parler, ce ne sont pas des enfants déclarés en IEF et contrôlés : ce sont des enfants qui ne sont déclarés nulle part… Interdire l’IEF ne changera rien pour eux, ils sont déjà hors-la-loi, ils continueront de l’être. Par contre pour nous…. 🙁
Et si on parle de terrorisme, on n’a jamais vu un seul terroriste qui ait fait l’IEF ! Par contre, ils sont nombreux à être passé par l’Ecole de la République…

On entend aussi que l’IEF augmente de façon inquiétante… Il faut savoir que si l’IEF augmente, c’est une histoire de chiffres : depuis 2 ans, l’instruction est obligatoire dès 3 ans, alors qu’elle ne l’était qu’à partir de 6 ans avant. Donc tous les enfants de 3 à 6 ans apparaissent maintenant dans les chiffres d’enfants en IEF. Si le nombre d’enfants instruits en famille augmente, c’est peut-être aussi l’occasion de se questionner sur une amélioration de l’école afin qu’elle puisse répondre à tous les besoins ??? Plutôt que d’obliger TOUS les enfants à retourner à l’école sans se préoccuper de savoir pourquoi ils l’ont quittée ! Et si on écoutait le corps enseignant qui demande désespérément des moyens d’accompagner correctement les enfants ?

Pourquoi chaque famille est concernée par l’interdiction de l’Instruction En Famille ?

Je sais que beaucoup de familles pensent qu’elles ne sont pas concernées par le sujet. L’IEF, c’est 50 000 enfants, dont la moitié pour raisons médicales, qui aimerait certainement pouvoir retourner à l’école. Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Harcèlement, phobie scolaire, trouble en attente de dépistage (autisme, TDAH, multidys…) : parfois, se reconstruire en famille est la seule solution pour des enfants en souffrance. Il ne s’agit en aucun cas d’être contre l’école, mais simplement de savoir qu’une porte de sortie existe.

Parfois aussi, après des années d’une vie bien réglée, on a envie de passer à autre chose. Ça a été notre cas. L’envie d’une autre vie, de faire des projets, de découvrir le monde. Aujourd’hui, les outils technologiques et le développement du télétravail nous ouvrent de nouveaux horizons. Et on devrait fermer les yeux sur ces possibilités parce que certains ont peur ? Parce qu’il faut trouver des boucs-émissaires pour que le gouvernement donnent l’impression d’agir contre le terrorisme ?
Depuis quelques jours, le discours a changé. On parle « d’effets de bord » qu’il faut corriger. C’est donc ce que nous sommes : des « effets de bord ». Moi je refuse que mes enfants soient des dommages collatéraux…

Je veux continuer de les accompagner chaque jour, je veux continuer à leur faire découvrir le monde, je veux continuer nos conversations passionnées quand le déjeuner se prolonge jusqu’à 15 heures parce qu’on discute du conflit israélo-palestinien, je veux continuer à parler atome, boson de Higgs et Quarks autour d’un bol de soupe le dimanche soir, je veux continuer à grimper des volcans, à balbutier des nouveaux mots dans une langue inconnue, à rencontrer des familles qui ont fait d’autres choix que nous, tellement enrichissants aussi.
Je veux que chaque parent ait la possibilité de choisir comment il souhaite instruire son enfant, à l’école ou à la maison.

Je veux que la liberté d’instruction reste une liberté, pas une autorisation soumise à dérogation

Et je le dis, au fond de moi, j’ai peur. J’ai peur que la vie de mes enfants se déroule dans un monde qui se laisse gouverner par la peur, un monde qui renonce à ses valeurs fondamentales de liberté, d’égalité, de fraternité, un monde où les terroristes auront fini par nous imposer leurs lois, insidieusement….
Alors je choisis de transformer cette peur en énergie positive pour continuer à défendre un futur libre, où on s’occupe de notre planète et des autres plutôt que de s’affronter les uns les autres…

Pour terminer, je voudrais vous partager 2 ressources supplémentaires.
Un post de ma copine Katy qui illustre bien pourquoi, quand il faut demander l’autorisation (de faire l’IEF ou d’aller aux toilettes), on ne peut plus parler de liberté….

https://www.facebook.com/ytakflores/posts/3462098513843720
Clique pour lire le post en entier

Et pour finir, une vidéo magnifique (préparez-vous à verser une larme) d’une chouette famille qu’on a rencontrée au cours de nos voyages, avec quelques mots si juste posés sur des images et des notes infiniment poétiques….

Si tu comprends ce combat, que tu souhaites le soutenir, j’ai créé un petit visuel qui récapitule les actions à mener.
Tu peux commencer par partager cet article et signer la pétition. Merci d’avance !

 

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